Présentation

Crédit photo. Pascal Bastien

Il y a plus d’un an, 15000 éminents scientifiques publiaient un manifeste dans la revue Bioscience intitulé « Avertissement à l’humanité », qui sera traduit dans la presse mondiale. Le texte pointait du doigt l’urgence environnementale qui touche l’avenir de la planète et de sa population humaine. En France, le journal Le Monde titrait sur sa page de couverture, en lettres grasses et alarmantes : « Bientôt il sera trop tard… »

Il est difficile de mesurer l’impact et l’efficacité des manifestes. Certes, la presse s’est fait l’écho de l’avertissement, avant de passer à autre chose. Il est vrai que les sphères médiatiques, politiques, scientifiques s’emparent du problème. Il est aussi vrai que beaucoup, à titre individuel, essaient de limiter leur propre impact écologique, par des comportements simples concernant les transports, le gaspillage, la nourriture, le tri sélectif…

Mais qu’en est-il du domaine de la fiction ? Les romans, le théâtre, la danse, l’opéra, le cinéma accompagnent-ils la nécessaire prise de conscience, collective et intime, du bouleversement environnemental ? La fiction est-elle capable de modifier nos comportements quotidiens ? En somme, les artistes jouent-ils dans la même cour que les politiques, les journalistes et les scientifiques ?

Le festival « Terre et Fictions », à défaut d’apporter une réponse définitivement tranchée, soulève le problème. Il s’agit de réunir sur une période resserrée, en différents lieux culturels de l’agglomération grenobloise, à travers des pièces de théâtre et des lectures de romans dans les bibliothèques, des créations soucieuses de l’avenir de la terre.

Il est possible que les artistes aient peur du didactisme et du militantisme. Plutôt qu’un « message » à véhiculer, les fictions du festival préfèrent questionner, rendre sensibles des contradictions ou des angoisses. Plusieurs dynamiques semblent se dessiner. D’abord, épouser la complexité. C’est le cas par exemple du Soleil blanc de Julie Bérès, qui interroge, dans un spectacle en trois parties (un documentaire, une fiction, un oratorio) le rapport de notre société à la nature par le biais de l’éducation. Il y a aussi la valorisation de ce qui est là, encore à notre portée. C’est l’ambition du « Colectivo Terron », qui, avec son Bestiaire végétal , nous rappelle de manière sensorielle notre proximité avec les plantes. Enfin, toucher du doigt la catastrophe. C’est le cas des pièces Terre ! et Hurlevent de la compagnie « Les Aphélies », qui évoquent respectivement le sort des immigrés climatiques et l’engagement politique face aux cyclones.

Un problème éthique est devant nous, avec nous. Le philosophe Hans Jonas l’a bien écrit : « L’avenir » n’est représenté par aucun gouvernement. Il n’est pas une force qu’on puisse jeter dans la balance. Ce qui n’existe pas n’a pas de lobby et ceux qui ne sont pas encore nés sont sans pouvoir : c’est pourquoi les comptes qu’on leur doit ne sont pas encore adossés à une réalité politique dans le processus actuel de décision et quand ils peuvent les réclamer, nous, les responsables, nous ne sommes plus là… Quelle « force » doit représenter l’avenir dans le présent ? (Hans Jonas, Le Principe de responsabilité, Champs Essais, Flammarion)

La fiction est là. Aussi. Et à sa manière.

Olivier Spony